
Dans les années 1960, le général de Gaulle choisit l’île Longue, près de Brest dans le Finistère pour y installer une base de sous-marins nucléaires. Au sein de cette dissuasion atomique, figure un atelier pyrotechnique, dans lequel sont assemblés les missiles équipés de tête nucléaire, installés ensuite sur les sous-marins. Plus de 600 personnes travaillent sur l’île.
Dans la bande dessinée « Les irradiés de l’île Longue », nous suivons Eric et Carole, qui vivent près de l’île. En 2013, Carole, alors journaliste, rencontre au palais de justice un homme atteint d’un cancer, qui souhaite voir sa maladie reconnue d’origine professionnelle. Il a travaillé toute sa vie dans ledit atelier. En menant ses recherches, Carole se rend compte qu’il n’est pas seul, que tout un collectif s’est créé. Nombreux sont ceux qui sont malades, voire morts, alors qu’à l’époque, on leur jurait que leur travail était sans risque, qu’il n’y avait pas besoin de protection spéciale. C’est le début d’une longue enquête, faite de témoignages mais aussi de silences.
Avec « Les irradiés de l’île Longue », je découvre deux choses :
- La base de sous-marins nucléaires sur place. Oui, j’ignorais qu’elle était située là-bas.
- Le silence d’Etat bien pesant
Ça, ce sont pour les grandes lignes. L’enquête menée dans cet ouvrage est saisissante. Face au secret défense, Caroline Collinet, aidée d’Eric Appéré, use de subterfuges et se montre persévérante. Elle revient sur l’installation de la base, consulte les archives, les bilans sanitaires, s’en réfère à des spécialistes. Les conclusions sont souvent aberrantes. Alors que des familles attendent encore le verdict, Emmanuel Macron se déplace sur l’île Longue pour annoncer de nouveaux projets et se féliciter de l’arsenal de la France.
Outre le fait que l’histoire nous éclaire sur ce scandale, nous ressortons de notre lecture avec davantage de connaissance en matière de dissuasion nucléaire (même si je ne suis pas prête à vous faire un exposé sur le sujet). Une bande dessinée qui mérite d’être mise sur le devant de la scène.
