L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs

En 2021, on constate que 85% des lecteurs sont en fait des lectrices et ça, sans que l’on ne sache véritablement pourquoi. Si l’écart continue à se creuser, il se pourrait bien que les lecteurs aient complètement disparu en 2046. Sur le marché de l’édition, on s’est adapté à la demande ; les programmes scolaires ont par ailleurs été allégés.

Dans le roman, nous suivons un homme, un irréductible lecteur, prêt à se déguiser en femme dans l’espace public pour pouvoir lire en toute tranquillité. Les hommes n’hésitent pas à le sonder sur sa lecture, non pas par curiosité, mais tout simplement pour draguer. Pour les femmes, il est un véritable héros.

Bien qu’un peu court (140 pages), « L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs » est un roman qui nous sort de l’ordinaire et que vous pouvez retrouver aux éditions Slatkine & Cie. Avec beaucoup d’humour mais aussi de références, Daniel Fohr nous invite à la réflexion à travers une satire : le progrès, les nouvelles technologies nous amènent à faire de moins en moins par nous-mêmes et invitent les machines dans notre quotidien, que ce soit dans la cuisine, dans notre salon, voire notre chambre à coucher. Qui parmi vous a délaissé les livres au profit de l’ordinateur ? Qui dispose d’une enceinte connectée ? D’un robot de cuisine qui fait toutes les recettes à votre place ? Mesdames, mesdemoiselles, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : offrez des livres aux hommes de votre entourage et incitez-les à la lecture !

Le chien de Schrödinger

Le chien de Schrödinger

Jean est chauffeur de taxi. Le reste de son temps, il le consacre à Pierre, son fils qu’il a élevé seul. Mais voilà que Pierre montre des signes de fatigue. A son âge, cela n’est pas normal. Et puis le verdict tombe : Pierre est malade. Pis, il ne guérira pas. Alors Jean n’a plus qu’une chose à faire : savourer chaque instant jusqu’à l’inéluctable.

« Le chien de Schrödinger » est le premier roman de Martin Dumont et c’est une franche réussite. Vous connaissez sans doute l’histoire du chat de Schrödinger. Petit rappel : il s’agit d’une expérience qui a été réalisée en 1935 par un physicien, dont le but est de mettre en évidence la difficulté d’appliquer certaines règles de la mécanique quantique avec notre monde. Et pour ce faire, il recourt à une boîte, un marteau, de l’acide cyanhydrique, une faible quantité de substance radioactive et… Un chat ! Pour le reste des explications, je vous laisse directement aller lire l’article sur le site de Futura-Sciences. En clair, le titre fait référence à cette expérience et la compare avec la situation de Pierre apprenant qu’il ne lui reste que quelques jours à vivre.

Jean ayant déjà perdu sa compagne va devoir faire le deuil prochain de son fils, ce qui paraît insurmontable, d’autant plus que les deux personnages sont assez fusionnels. Malgré le sujet, le roman est loin d’être plombant, bien au contraire. Nous avons affaire à un père prêt à tout pour donner le sourire à son fils malgré les circonstances, allant jusqu’à inventer un gros mensonge pour, qui sait, peut-être prolonger ses jours. C’est l’histoire d’un combat, d’un amour à toute épreuve, qui nous apporte entre autres une réflexion sur l’accompagnement des personnes en fin de vie et qui nous invite à nous questionner sur notre rapport à la mort. Il ne fallait plus grand-chose pour me faire verser une larme… Vous pouvez retrouver ce roman au format poche aux éditions J’ai Lu.

Mort et déterré

Mort et déterré

A 14 ans, Yan avait la vie devant lui. « Avait », car il vient de se faire faucher par un camion et il est décédé. Mais contre toute logique, son esprit n’a jamais quitté son corps. Alors lorsque son cercueil est exhumé lors des travaux de réfection du cimetière, Yan peut sortir de terre… C’est ce que l’on peut appeler un mort-vivant, un zombie, à la différence qu’il ne souhaite de mal à personne, qu’il n’est pas assoiffé de sang et qu’il n’a pas envie de mordre qui que ce soit. Ce qu’il voudrait seulement, c’est aider sa famille à surmonter la douleur de sa perte.

Vous n’aimez pas les zombies parce qu’est moche, que ça fait peur et qu’il y a toujours plein de sang partout ?! Vous allez changer d’avis avec « Mort et déterré ». Le roman de Jocelyn Boisvert, paru aux éditions Fleurus, va vous réconcilier avec les morts-vivants. Déjà, parce que c’est drôle (triste à un moment certes, mais surtout drôle) ; ensuite parce qu’il s’agit d’un ado content de revenir sur Terre, de pouvoir à nouveau parler avec ses meilleurs amis et de tenter le tout pour le tout pour que sa famille apprenne à vivre sans lui.

En étant à nouveau parmi les vivants, Yan se rend aussi compte de toutes les choses qu’il n’aura jamais l’occasion de vivre, comme aller à l’université ou embrasser une fille. Heureusement, le personnage est doté d’un humour à toute épreuve. L’intrigue quant à elle, est plutôt bien ficelée, au point où l’histoire a même été adaptée en bande dessinée !

Le choix des apparences

Le choix des apparences

Camille est une avocate brillante, spécialisée dans le divorce. Elle est même plutôt impitoyable dans son genre. Sauf qu’un jour, sa vie bascule : le mari de l’une de ses clientes se suicide sous ses yeux. Profondément choquée, Camille se décide à partir quelques jours en Bretagne pour changer d’air. Une terre qui est loin de lui être inconnue car c’est là-bas, à Douarnenez qu’elle a passé une partie de son enfance. Alors qu’elle s’apprête à rentrer chez elle, elle tombe sur une petite annonce pour un poste d’assistante juridique dans une biscuiterie locale. Sur un coup de tête, la jeune femme postule…

Un feel good book ne peut jamais faire de mal, bien au contraire ! Ce que j’ignorais encore en démarrant la lecture du « Choix des apparences » de Martine Delomme, c’est que j’allais être véritablement transportée. Nous y suivons donc Camille, une avocate implacable qui mène sa vie à 100 à l’heure. En parallèle à son travail, elle vit avec son compagnon et les deux enfants de ce dernier dans une belle maison ; la vie idéale semble-t-il. Et puis on découvre finalement une femme fragile, dont la carapace se brise lors d’un procès des plus routiniers. Plaquer tout, prendre quelques jours pour soi, se poser les bonnes questions, tel est généralement la ligne conductrice de ces « romans qui font du bien ». Nous voici partis pour les terres bretonnes grâce aux éditions Charleston. A travers les mots, on peut sentir l’air iodé, entendre le bruit des vagues contre les rochers et se délecter de bons biscuits. Martine Delomme nous donne envie à notre tour de nous échapper, même si le quotidien de Camille sur place n’est pas de tout repos : nouveau job, nouveaux objectifs, mais également harcèlement, relations toxiques, bref les journées ne sont pas des plus calmes. « Le choix des apparences » s’avère au final un roman très agréable à lire pour ses multiples univers et sa palette d’émotions. Un des premiers coups de cœur de 2021, c’est certain !

Le parfum des femmes

Le parfum des femmes

Camélia a plaqué sa vie d’avant pour réaliser son rêve : devenir créatrice de parfums. Dans une grande demeure bretonne héritée de sa grand-mère, elle mène une vie à 100 à l’heure aux côté de son mari et de ses enfants. Mais la charge mentale est de plus en plus pesante. Après un entretien raté pour une marque connue, Camélia décide de faire le tri chez elle, notamment au grenier. C’est là qu’elle tombe sur des courriers datant des années 1930 entre sa Mamie et une mystérieuse correspondante…

Avec « Le parfum des femmes », Marie Compagnon signe son second roman, après « Jamais trop tard pour être heureux ». Cette fois-ci, le lecteur baigne dans l’univers de la parfumerie, grâce au métier de nez de Camélia, et c’est passionnant ! En parallèle, c’est la femme en elle-même qui est mise en avant. Quelques jours après la journée de la femme, le roman sonne un peu comme un rappel à l’ordre : notre héroïne est en effet débordée par les tâches du quotidien et si cela peut paraître cliché pour certains, le mari n’est pas investi à 100% dans tout ce qui peut concerner la maison.

Et puis il y a la dimension un peu plus historique. Pour en apprendre plus sur le personnage, voilà que nous remontons le temps. Les secrets de famille se dévoilent, au même titre que des leçons de sagesse qui aident Camélia à y voir plus clair. De quoi peut-être nous éclaircir à notre tour sur notre vie de tous les jours et nous faire passer un agréable moment de lecture.