Le libraire de Wigtown

Wigtown, sud de l’Ecosse : Shaun Bythell est propriétaire de la plus grande librairie d’occasion du pays, « The Book Shop ». Bible reliée datant du XVIe siècle, dernier volume d’Harry Potter, ouvrages savants, livres d’art coûteux, il y en a pour tous les goûts et tous les budgets. Avec un humour décapant, Shaun Bythell, passionné dans l’âme et quelque peu désabusé par sa profession nous invite à découvrir l’envers du décor. Chaque jour, à la manière de Bridget Jones, l’Ecossais annonce la couleur : nombre de commandes en ligne / nombre de livres trouvés ; intitulés éventuels des ouvrages demandés ; collègues qui travaillent ce jour-là, etc. Durant un an, Shaun Bythell nous invite à découvrir sa clientèle, les avantages et les déconvenues de la profession, et tout un univers.

Dès les premières pages, « Le libraire de Wigtown », paru aux éditions J’ai Lu, a été un coup de cœur. Malgré des répétitions, il faut le dire (500 pages de carnet de bord, forcément il y a des jours qui se ressemblent), l’ouvrage est très plaisant à lire. Personnellement, j’ai toujours apprécié les histoires qui se passaient dans les librairies, probablement à cause ma bibliophilie aigüe. Ce qui est d’autant plus prenant dans ce roman, c’est le nombre de références littéraires qui y figurent. Cela donne plein d’idées de lecture, comme ce texte de George Orwell, « Quand j’étais libraire », dont des extraits servent à ouvrir un nouveau chapitre. Et puis il y a tous ces clients, autant de personnages hauts en couleurs, tels que Dave la Banane qui doit son surnom au fait de porter au moins deux sacs bananes sur lui, ou Sandy, le païen tatoué qui amène des bâtons de randonnée pour que la librairie les vende. Bref, un petit endroit où l’on aimerait bien s’immiscer à notre tour l’espace de quelques heures pour musarder entre les rayons ou endosser le rôle de libraire, même si Shaun nous prévient dès le départ que l’on est loin du rêve et des clichés, à l’instar de celle tenue par Hugh Grant dans Notting Hill.

Les enfants sont rois

Mélanie ne rêve que d’une chose : devenir célèbre. Elle est bien apparue dans une émission de télé-réalité récemment, mais ce fut un fiasco. Aujourd’hui mariée et mère de famille, elle tient la chaîne « Happy Récré » sur YouTube, sur laquelle ses deux enfants, Sammy et Kimmy, testent des jouets et des produits au quotidien. Suivie par un million d’abonnés, Mélanie déchante le jour où Kimmy est kidnappée. Elle croise alors la route de Clara, procédurière dans la brigade criminelle.

Delphine de Vigan m’a replongé dans mes souvenirs d’adolescence, en commençant par évoquer la jeunesse de Mélanie, l’attrait de millions de téléspectateurs pour « Loft Story », première émission de télé-réalité, que j’ai moi aussi suivi à l’époque.

Avec « Les enfants sont rois », l’auteure s’intéresse à un phénomène de société : les enfants stars YouTubeurs. Ils sont de plus en plus nombreux à être mis sous le feu des projecteurs, parfois contraints et forcés par des parents qui rêvent de strass et de paillettes. Dans le cas du roman, Delphine de Vigan montre aussi les dérives, les conséquences que cela peut engendrer à dévoiler toute sa vie sur Internet. Il y a par ailleurs le culte de l’égo, le narcissisme 2.0 et une certaine forme de voyeurisme de la part des internautes à regarder ce genre de vidéos.

C’est l’occasion pour les lecteurs de découvrir également l’univers des influenceurs, et plus particulièrement l’envers du décor. L’intérêt de l’ouvrage réside dans tous ces éléments et permettra peut-être à certains d’ouvrir les yeux sur le bon comportement à adopter sur les réseaux sociaux.

L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs

En 2021, on constate que 85% des lecteurs sont en fait des lectrices et ça, sans que l’on ne sache véritablement pourquoi. Si l’écart continue à se creuser, il se pourrait bien que les lecteurs aient complètement disparu en 2046. Sur le marché de l’édition, on s’est adapté à la demande ; les programmes scolaires ont par ailleurs été allégés.

Dans le roman, nous suivons un homme, un irréductible lecteur, prêt à se déguiser en femme dans l’espace public pour pouvoir lire en toute tranquillité. Les hommes n’hésitent pas à le sonder sur sa lecture, non pas par curiosité, mais tout simplement pour draguer. Pour les femmes, il est un véritable héros.

Bien qu’un peu court (140 pages), « L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs » est un roman qui nous sort de l’ordinaire et que vous pouvez retrouver aux éditions Slatkine & Cie. Avec beaucoup d’humour mais aussi de références, Daniel Fohr nous invite à la réflexion à travers une satire : le progrès, les nouvelles technologies nous amènent à faire de moins en moins par nous-mêmes et invitent les machines dans notre quotidien, que ce soit dans la cuisine, dans notre salon, voire notre chambre à coucher. Qui parmi vous a délaissé les livres au profit de l’ordinateur ? Qui dispose d’une enceinte connectée ? D’un robot de cuisine qui fait toutes les recettes à votre place ? Mesdames, mesdemoiselles, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : offrez des livres aux hommes de votre entourage et incitez-les à la lecture !

Vie secrète

Vie secrète

Très jeune, Alexandra Winslow est abandonnée par sa mère et élevée par son père, qui lui transmet sa passion dévorante pour les romans policiers. Mais celui-ci meurt prématurément et la jeune fille est alors recueillie par des religieuses au sein du couvent local. Contre toute attente, Alexandra y trouve sa place et se met à écrire à son tour des polars sanglants. A 19 ans, elle termine son premier thriller. Mais pour percer dans le domaine de l’édition, l’auteure prend un pseudonyme masculin. Le succès est immédiatement au rendez-vous.

Si on m’avait dit un jour que je lirai un roman de Danielle Steel… Je suis pleine de préjugés vis-à-vis de cette auteure très prolifique et pourtant, ma maman a réussi à m’encourager à lire son dernier roman, persuadée que celui-ci me plaira. Et forcément, elle avait raison… Cette histoire qui nous plonge dans le monde impitoyable de l’édition a suscité mon intérêt ! Une jeune auteure qui se cache derrière un nom masculin pour publier les pires horreurs ne pouvait que m’intriguer ! D’autant plus que derrière ce jeu d’identité, cette double vie n’est pas sans conséquence sur le travail et les relations amoureuses de la jeune femme. Rivalité, jalousie, solitude, bien qu’elle soit célèbre, Alexandra se sent parfois bien seule, voire parfois rabaissée. Il lui faudra du temps et les bonnes rencontres pour arriver à dépasser ce stade. Voilà un roman qui plaira à coup sûr à tous les bibliophiles !

Les dédicaces

Les dédicaces

Claire est une Parisienne passionnée de lecture. Son passe-temps favori ? Ecumer les librairies à la recherche de livres dédicacés dont elle fait la collection. Cette fois-ci, elle dégote chez un bouquiniste un ouvrage à la dédicace vulgaire. L’auteur, Frédéric Hermelage, y a laissé son numéro à une certaine Salomé, avec un compliment plutôt outrancier. Pourtant, le roman n’a rien à voir avec le style de la dédicace. Claire va alors se lancer sur la trace de cet écrivain.

Lire un roman de Cyril Massarotto pour moi, c’est un peu comme une lecture doudou. Jusqu’à présent, je n’ai jamais été déçue par ses écrits et « Les dédicaces » en est une preuve supplémentaire.  Tout d’abord, parce que le personnage est à la fois drôle et original : une amoureuse des livres certes, mais qui conserve des ouvrages dédicacés, même s’ils ne lui sont pas destinés (2564 au total). Ensuite, parce que le lecteur baigne dans le monde littéraire. Enfin, parce que cette histoire se rapproche d’un vaudeville et j’adore ça ! C’est un roman court, léger, où tout le monde en prendre pour son grade, aussi bien l’héroïne, que l’auteur, les blogueurs que les romanciers à succès. La plume de Cyril Massarotto est addictive. Entre sarcasme et conquête amoureuse, il n’en fallait pas moins pour me séduire.