Prends ma main

Prends ma main

Céleste et Danaé sont sœurs. Proches lorsqu’elles étaient enfants, les deux femmes ne se parlent quasiment plus aujourd’hui. La jalousie et la rancœur les ont éloignées l’une de l’autre. Et puis un jour, Danaé appelle Céleste pour lui annoncer son cancer, lui dire qu’elle a besoin d’elle. Les anciennes disputes s’envolent. Céleste va prendre la vie de sa sœur en main, en accomplissant une liste de rêves jamais réalisés jusqu’à présent, comme passer une nuit sur une île déserte ou s’inviter dans un mariage sélect.

« Prends ma main » est le tout premier roman de Virginie Gouchet, professeur des écoles. Beaucoup d’émotions dans ce récit à travers des séquences de rires et de larmes. Le lecteur découvre les deux sœurs à travers leurs journaux intimes respectifs, ce qui aide à bien les connaître et à comprend comment elles en sont arrivées à ne plus faire partie de la vie de l’autre. L’histoire du cancer invasif et du diagnostic « plus que quelques mois à vivre » n’est pas nouveau en littérature, pas plus que la Bucket List, mais les personnages sont novateurs. L’une est infirmière, l’autre reporter ; et chacune a eu son lot d’aventures et de blessures. « Prends ma main » n’est pas seulement axé sur la famille et la maladie. Il y est aussi question d’indépendance et de procréation médicalement assistée. A aucun moment nous ne tombons dans le pathos ou dans le larmoyant. Virginie Gouchet a bien dosé son écriture. On regrettera peut-être les allers et venues dans le passé et le présent qui peuvent nous faire perdre un peu nos repères, mais cela reste anecdotique.

Frangine

Frangine

Joachim et Pauline sont frères et sœurs. L’un est en terminale, l’autre vient d’entrer en classe de seconde. Nés par procréation médicalement assistée, ils ont deux mamans qu’ils adorent. Mais lorsque Pauline franchit la grille du lycée pour la première fois, tout change. La tolérance ne coule manifestement pas dans les veines de tout le monde et l’ado se fait harceler par des camarades de classe à propos de ses parents.

Pour son premier roman, Marion Brunet a frappé fort en abordant un sujet d’actualité, à savoir : l’homoparentalité. Dans « Frangine », disponible aux éditions J’ai Lu, il est question de la relation parents-enfants sur plusieurs générations : les ados et leurs parents, mais également les parents et leurs propres parents. A cela, s’ajoutent le regard des autres, qui peut s’avérer très dur pendant l’enfance et l’adolescence. Malmenée par plusieurs élèves, Pauline tient pourtant à se défendre seule, sans l’aide des professeurs, et encore moins de celle de son frère.

Avec beaucoup de justesse et d’émotions, Marion Brunet réussit à évoquer l’adolescence dans toute sa splendeur. A l’homoparentalité, s’additionnent joutent le premier amour, le harcèlement scolaire, la confiance en soi et le stress au travail. Autant de sujets qui lui permettent d’approcher différents types de lecteurs et d’asseoir sa place parmi mes coups de cœur littéraires de 2020.

X-Mess

X-Mess

Décembre : Alors que les gens se pressent dans les commerces pour faire leurs courses de Noël, Anaïs et Jérémy se contentent de faire du lèche-vitrines, faute de moyens. Malgré des diplômes, le couple ne vit pour l’instant que grâce à des CDD, et leur avenir semble bien sombre. Tandis que Jérémy enchaîne les boulots en intérim, Anaïs travaille à mi-temps dans une boulangerie qu’elle connait bien. Benoît, un ami, a lui aussi besoin d’argent s’il veut sauver sa micro-brasserie. Alors un jour, il propose à Jérémy l’impensable.

« X-Mess » est le premier roman autoédité d’Arnould Guidat. Et si la couverture de son livre a des allures de fêtes de fin d’année, ne vous trompez pas sur la marchandise : il ne s’agit absolument pas d’une romance de Noël ! Ce que nous conte l’auteur, c’est le quotidien d’un jeune couple qui n’arrive pas à joindre les deux bouts. C’est aussi l’histoire de mauvais choix, de bavures qui ne sont pas sans conséquences. Je ne m’attendais pas vraiment à la tournure qu’allaient prendre les choses, même si certains signes auraient pu me mettre sur la piste. Je fus donc surprise, dans le bon sens du terme. Voilà une chronique sociale, un roman noir qui sort un peu des sentiers battus et qui, malgré quelques problèmes de rythme, permet de nous rendre compte de la triste réalité de certains foyers.

Un enfant à tout prix

Un enfant à tout prix

Isabelle est hôtesse de l’air à bord du Concorde. En quelques heures, elle peut rejoindre New York comme Rio de Janeiro. Sur l’un des vols, elle fait la connaissance d’Andrew, qui semble être l’homme parfait. Avec lui, Isabelle s’investit dans une relation sérieuse. Il veut un enfant tout de suite, pas elle. Au bout de quelques années, la jeune femme sent le désir de devenir maman l’envahir. Mais elle ne parvient pas à tomber enceinte et l’état du couple se dégrade.

« Un enfant à tout prix » est un « beau roman » comme diraient certaines. Ecrit par Pascale Rault-Delmas et publié aux éditions Charleston, il évoque le désir d’enfant, la maternité, la paternité, et le parcours parfois chaotique pour devenir parents. L’histoire d’Isabelle n’est pas la seule à rythmer ce livre. Au fur et à mesure de notre lecture, nous faisons la connaissance d’autres personnages, comme Agnès et Antoine. Tous ont en commun l’envie de fonder une famille. Les vies de chacun vont s’entremêler pour ne donner plus qu’une seule et même histoire racontée avec délicatesse. L’auteure aborde en effet différents niveaux de parentalité, toujours dans le respect des points de vue de chacun. Car s’il est question ici de concevoir un enfant, il est aussi décrit le portrait de femmes qui préfèrent s’épanouir sans devoir passer par la case « bébé ». Dans une société où l’on ne cesse de mettre la pression aux femmes, rappelant le tic-tac éternel de l’horloge biologique, ce roman démontre que l’on peut très bien être heureuse en choisissant de ne pas devenir mère. L’ouvrage met aussi en avant d’autres situations bien délicates comme l’adoption d’un enfant dans un pays étranger, ou les premiers rapports sexuels non protégés. En somme, un livre rempli de bienveillance qui conviendra aussi bien aux hommes qu’aux femmes !

Boy erased

Boy erased

Arkansas, 2004 : A 19 ans, Garrard annonce à ses parents son homosexualité. Mais pour ces baptistes ultraconservateurs, ce n’est pas concevable, leur fils doit être guéri. Garrard est alors conduit dans un centre de conversion pour participer au programme « Love In Action ». Ce dernier est fondé sur la Bible qui fait office de seule loi. De nombreuses choses du quotidien sont interdites, comme le fait d’écouter Beethoven ou de lire « Harry Potter ». Douze étapes constituent ledit programme censé rétablir tous les déviances sexuelles, telles que l’homosexualité ou encore la pédophilie.

Située entre le témoignage et le documentaire, « Boy Erased » est l’histoire vraie de son auteur, Garrard Conley, que vous pouvez retrouver aux éditions J’ai Lu. L’expérience vécue au sein du programme est traumatisante, mais le jeune homme n’a pas le choix s’il veut poursuivre ses études et être accepté au sein de sa famille. Le roman met en lumière les thérapies de conversion mises en place aux Etats-Unis. Bouleversant, le récit apporte aussi sur une réflexion sur l’amour (l’amour de soi, l’amour de l’autre), ainsi que sur l’acceptation, l’affirmation de notre identité.

« Boy Erased » a été adapté pour le grand écran, sous le même titre, par Joel Edgerton. Au casting, le spectateur retrouve entre autres Nicole Kidman et Russell Crowe. Après avoir lu et aimé le roman, c’est avec curiosité que je vais me lancer dans le visionnage du film.