Un jour de plus de ton absence

Depuis qu’ils sont ensemble, Jade rêve de fonder une famille avec Antoine. Tous deux ont la trentaine, une situation plutôt stable. Il est avocat, elle est instit, et ils disposent de toute la place nécessaire pour accueillir un nouveau membre dans leur famille. Mais lorsque Jade apprend qu’elle est enceinte, elle est loin de se montrer enthousiaste. Pis, elle est mélancolique, limite dépressive et le cache à Antoine. Car, derrière cette grossesse, se cache un mensonge, une souffrance.

« Un jour de plus de ton absence » est le tout premier roman de Mélusine Huguet, jeune auteure et aussi détentrice du blog « Carnet Parisien », que vous pouvez retrouver aux éditions Charleston. Et on peut dire qu’elle démarre sur les chapeaux de roues ! Ecriture agréable, histoire touchante, voire bouleversante, Mélusine Huguet place la barre très haut avec cette histoire. Une histoire qui devrait sans doute parler à des milliers de femmes, qui se reconnaitront forcément dans le portrait de Jade.

Les chapitres courts et l’alternance entre récit et journal intime rendent la lecture dynamique, si bien que lorsque nous arrivons à la fin, nous sommes étonnés de tourner déjà la dernière page. L’auteure parvient par ailleurs à plusieurs reprises à nous induire en erreur, ce qui rend l’histoire encore plus captivante et plaisante à découvrir. Il ne fait nul doute qu’une belle carrière d’écrivaine attend cette jeune femme.

Le chien de Schrödinger

Le chien de Schrödinger

Jean est chauffeur de taxi. Le reste de son temps, il le consacre à Pierre, son fils qu’il a élevé seul. Mais voilà que Pierre montre des signes de fatigue. A son âge, cela n’est pas normal. Et puis le verdict tombe : Pierre est malade. Pis, il ne guérira pas. Alors Jean n’a plus qu’une chose à faire : savourer chaque instant jusqu’à l’inéluctable.

« Le chien de Schrödinger » est le premier roman de Martin Dumont et c’est une franche réussite. Vous connaissez sans doute l’histoire du chat de Schrödinger. Petit rappel : il s’agit d’une expérience qui a été réalisée en 1935 par un physicien, dont le but est de mettre en évidence la difficulté d’appliquer certaines règles de la mécanique quantique avec notre monde. Et pour ce faire, il recourt à une boîte, un marteau, de l’acide cyanhydrique, une faible quantité de substance radioactive et… Un chat ! Pour le reste des explications, je vous laisse directement aller lire l’article sur le site de Futura-Sciences. En clair, le titre fait référence à cette expérience et la compare avec la situation de Pierre apprenant qu’il ne lui reste que quelques jours à vivre.

Jean ayant déjà perdu sa compagne va devoir faire le deuil prochain de son fils, ce qui paraît insurmontable, d’autant plus que les deux personnages sont assez fusionnels. Malgré le sujet, le roman est loin d’être plombant, bien au contraire. Nous avons affaire à un père prêt à tout pour donner le sourire à son fils malgré les circonstances, allant jusqu’à inventer un gros mensonge pour, qui sait, peut-être prolonger ses jours. C’est l’histoire d’un combat, d’un amour à toute épreuve, qui nous apporte entre autres une réflexion sur l’accompagnement des personnes en fin de vie et qui nous invite à nous questionner sur notre rapport à la mort. Il ne fallait plus grand-chose pour me faire verser une larme… Vous pouvez retrouver ce roman au format poche aux éditions J’ai Lu.

Prends ma main

Prends ma main

Céleste et Danaé sont sœurs. Proches lorsqu’elles étaient enfants, les deux femmes ne se parlent quasiment plus aujourd’hui. La jalousie et la rancœur les ont éloignées l’une de l’autre. Et puis un jour, Danaé appelle Céleste pour lui annoncer son cancer, lui dire qu’elle a besoin d’elle. Les anciennes disputes s’envolent. Céleste va prendre la vie de sa sœur en main, en accomplissant une liste de rêves jamais réalisés jusqu’à présent, comme passer une nuit sur une île déserte ou s’inviter dans un mariage sélect.

« Prends ma main » est le tout premier roman de Virginie Gouchet, professeur des écoles. Beaucoup d’émotions dans ce récit à travers des séquences de rires et de larmes. Le lecteur découvre les deux sœurs à travers leurs journaux intimes respectifs, ce qui aide à bien les connaître et à comprend comment elles en sont arrivées à ne plus faire partie de la vie de l’autre. L’histoire du cancer invasif et du diagnostic « plus que quelques mois à vivre » n’est pas nouveau en littérature, pas plus que la Bucket List, mais les personnages sont novateurs. L’une est infirmière, l’autre reporter ; et chacune a eu son lot d’aventures et de blessures. « Prends ma main » n’est pas seulement axé sur la famille et la maladie. Il y est aussi question d’indépendance et de procréation médicalement assistée. A aucun moment nous ne tombons dans le pathos ou dans le larmoyant. Virginie Gouchet a bien dosé son écriture. On regrettera peut-être les allers et venues dans le passé et le présent qui peuvent nous faire perdre un peu nos repères, mais cela reste anecdotique.

Frangine

Frangine

Joachim et Pauline sont frères et sœurs. L’un est en terminale, l’autre vient d’entrer en classe de seconde. Nés par procréation médicalement assistée, ils ont deux mamans qu’ils adorent. Mais lorsque Pauline franchit la grille du lycée pour la première fois, tout change. La tolérance ne coule manifestement pas dans les veines de tout le monde et l’ado se fait harceler par des camarades de classe à propos de ses parents.

Pour son premier roman, Marion Brunet a frappé fort en abordant un sujet d’actualité, à savoir : l’homoparentalité. Dans « Frangine », disponible aux éditions J’ai Lu, il est question de la relation parents-enfants sur plusieurs générations : les ados et leurs parents, mais également les parents et leurs propres parents. A cela, s’ajoutent le regard des autres, qui peut s’avérer très dur pendant l’enfance et l’adolescence. Malmenée par plusieurs élèves, Pauline tient pourtant à se défendre seule, sans l’aide des professeurs, et encore moins de celle de son frère.

Avec beaucoup de justesse et d’émotions, Marion Brunet réussit à évoquer l’adolescence dans toute sa splendeur. A l’homoparentalité, s’additionnent joutent le premier amour, le harcèlement scolaire, la confiance en soi et le stress au travail. Autant de sujets qui lui permettent d’approcher différents types de lecteurs et d’asseoir sa place parmi mes coups de cœur littéraires de 2020.

X-Mess

X-Mess

Décembre : Alors que les gens se pressent dans les commerces pour faire leurs courses de Noël, Anaïs et Jérémy se contentent de faire du lèche-vitrines, faute de moyens. Malgré des diplômes, le couple ne vit pour l’instant que grâce à des CDD, et leur avenir semble bien sombre. Tandis que Jérémy enchaîne les boulots en intérim, Anaïs travaille à mi-temps dans une boulangerie qu’elle connait bien. Benoît, un ami, a lui aussi besoin d’argent s’il veut sauver sa micro-brasserie. Alors un jour, il propose à Jérémy l’impensable.

« X-Mess » est le premier roman autoédité d’Arnould Guidat. Et si la couverture de son livre a des allures de fêtes de fin d’année, ne vous trompez pas sur la marchandise : il ne s’agit absolument pas d’une romance de Noël ! Ce que nous conte l’auteur, c’est le quotidien d’un jeune couple qui n’arrive pas à joindre les deux bouts. C’est aussi l’histoire de mauvais choix, de bavures qui ne sont pas sans conséquences. Je ne m’attendais pas vraiment à la tournure qu’allaient prendre les choses, même si certains signes auraient pu me mettre sur la piste. Je fus donc surprise, dans le bon sens du terme. Voilà une chronique sociale, un roman noir qui sort un peu des sentiers battus et qui, malgré quelques problèmes de rythme, permet de nous rendre compte de la triste réalité de certains foyers.