Les enfants sont rois

Mélanie ne rêve que d’une chose : devenir célèbre. Elle est bien apparue dans une émission de télé-réalité récemment, mais ce fut un fiasco. Aujourd’hui mariée et mère de famille, elle tient la chaîne « Happy Récré » sur YouTube, sur laquelle ses deux enfants, Sammy et Kimmy, testent des jouets et des produits au quotidien. Suivie par un million d’abonnés, Mélanie déchante le jour où Kimmy est kidnappée. Elle croise alors la route de Clara, procédurière dans la brigade criminelle.

Delphine de Vigan m’a replongé dans mes souvenirs d’adolescence, en commençant par évoquer la jeunesse de Mélanie, l’attrait de millions de téléspectateurs pour « Loft Story », première émission de télé-réalité, que j’ai moi aussi suivi à l’époque.

Avec « Les enfants sont rois », l’auteure s’intéresse à un phénomène de société : les enfants stars YouTubeurs. Ils sont de plus en plus nombreux à être mis sous le feu des projecteurs, parfois contraints et forcés par des parents qui rêvent de strass et de paillettes. Dans le cas du roman, Delphine de Vigan montre aussi les dérives, les conséquences que cela peut engendrer à dévoiler toute sa vie sur Internet. Il y a par ailleurs le culte de l’égo, le narcissisme 2.0 et une certaine forme de voyeurisme de la part des internautes à regarder ce genre de vidéos.

C’est l’occasion pour les lecteurs de découvrir également l’univers des influenceurs, et plus particulièrement l’envers du décor. L’intérêt de l’ouvrage réside dans tous ces éléments et permettra peut-être à certains d’ouvrir les yeux sur le bon comportement à adopter sur les réseaux sociaux.

Patient zéro : à l’origine du Coronavirus en France

25 février 2020, hôpital de la Salpêtrière, Paris : Dominique Varoteaux, 61 ans, décède d’une embolie pulmonaire massive due à un nouveau virus venu de Chine, le coronavirus. Au Ministère de la Santé, ce « cas » est la première victime française. Pourtant ni Dominique, ni ses proches ne revenaient d’une zone à risques. En quelques jours, l’Oise puis le Bas-Rhin deviennent des clusters. Les épidémiologistes et les services du Ministère tentent alors de remonter la piste du patient zéro.

J’avoue, je commence à saturer avec toutes les infos, les reportages et les livres qui sont consacrés au Covid-19 et pourtant, cette BD m’a interpellée. Nous voici plongés dans une enquête aussi fascinante que déconcertante. Comment trouver le patient zéro alors qu’on sait peu, voire pas grand-chose ? Comment être sûr que celui qu’on désigne comme le premier l’est véritablement ? Le virus est-il parmi nous depuis février ? Novembre ? Alors qu’en Chine, les victimes se comptent par milliers, en France les premiers cas sont dénombrés.

Basée sur une enquête journaliste minutieuse, « Patient zéro » a été écrit et illustré par Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin, Renaud St-Cricq et Nicoby. Les auteurs ont réalisé un véritable travail de fourmi pour documenter au mieux cet album, qui prend parfois des allures de polar. Le lecteur est alors embarqué dans les coulisses de la crise sanitaire. Il n’y est pas question de dézinguer le gouvernement, de mettre en avant tous les couacs, de faire honneur au personnel médical ou de répéter les gestes barrières à respecter, non ; il s’agit d’un reportage doté d’un langage accessible, qui évoque aussi bien les malades que les familles, les soignants, les élus ou les chercheurs. Parce que la Covid a secoué tout le monde et qu’elle est encore malheureusement bien présente parmi nous. Voilà un ouvrage qui pourrait donner bien du fil à retordre à tous les adeptes des théories du complot.

Le dernier bal

Au village des souris, la vie était à la fois belle et tranquille. Jusqu’à cet hiver où, une énorme pancarte annonce que la ginguette va être prochainement rasée pour faire place à un supermarché, et l’étang, transformée en parking. Le cauchemar ! Et alors que les souris se réunissent en secret pour soi-disant organiser un bal, l’affreux démarre ses travaux… Mais tout n’est pas encore perdu !

Disponible aux éditions Albin Michel Jeunesse, « Le dernier bal » est un bel album signé Jean Claverie, connu pour figurer parmi les grands auteurs de la littérature jeunesse. Cette fable écologique n’est pas sans rappeler d’autres vrais projets auxquels les Français ont fait face, à l’instar de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Voilà une manière de sensibiliser les plus jeunes à notre environnement, à l’agriculture, à l’industrie et aux conséquences de certaines décisions sur notre écosystème, le tout avec de très jolies illustrations !

L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs

En 2021, on constate que 85% des lecteurs sont en fait des lectrices et ça, sans que l’on ne sache véritablement pourquoi. Si l’écart continue à se creuser, il se pourrait bien que les lecteurs aient complètement disparu en 2046. Sur le marché de l’édition, on s’est adapté à la demande ; les programmes scolaires ont par ailleurs été allégés.

Dans le roman, nous suivons un homme, un irréductible lecteur, prêt à se déguiser en femme dans l’espace public pour pouvoir lire en toute tranquillité. Les hommes n’hésitent pas à le sonder sur sa lecture, non pas par curiosité, mais tout simplement pour draguer. Pour les femmes, il est un véritable héros.

Bien qu’un peu court (140 pages), « L’émouvante et singulière histoire du dernier des lecteurs » est un roman qui nous sort de l’ordinaire et que vous pouvez retrouver aux éditions Slatkine & Cie. Avec beaucoup d’humour mais aussi de références, Daniel Fohr nous invite à la réflexion à travers une satire : le progrès, les nouvelles technologies nous amènent à faire de moins en moins par nous-mêmes et invitent les machines dans notre quotidien, que ce soit dans la cuisine, dans notre salon, voire notre chambre à coucher. Qui parmi vous a délaissé les livres au profit de l’ordinateur ? Qui dispose d’une enceinte connectée ? D’un robot de cuisine qui fait toutes les recettes à votre place ? Mesdames, mesdemoiselles, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : offrez des livres aux hommes de votre entourage et incitez-les à la lecture !

Iris, deux fois

Iris peut se targuer d’avoir plutôt bien réussi sa vie : elle est installée avec son mari dans un joli appartement en plein cœur du Quartier Latin de Paris, et connait le succès en tant que romancière avec trois livres déjà à son actif. D’ailleurs, il se pourrait bien que son dernier ouvrage remporte le très convoité Prix Renaudot. Pourtant, chaque nuit depuis quelque temps, Iris vit la vie d’une autre version d’elle-même ; une femme qui accumule les galères, les mauvais choix et qui semble totalement insatisfaite de sa vie de famille. Mais s’agit-il véritablement d’un cauchemar ou d’un dédoublement de la personnalité ?

« Iris, deux fois » est un roman graphique porté par Anne-Laure et Naomi Reboul, qui nous met l’esprit à l’envers avec cette histoire de double-vie.  Sommes-nous dans la réalité ? Dans un rêve ? Mais alors un rêve récurrent qui cacherait autre chose ? Une vie passée peut-être ? A force de réfléchir, le personnage commence à perdre pied, ce qui, je vous le rassure, n’est pas le cas du lecteur qui ne demande qu’à connaître la vérité. Ce drame psychologique nous invite par ailleurs à nous questionner sur nos choix et notre vie de manière plus générale. Difficile de ne pas être happée par le récit et même si ce dernier ne répond pas à toutes nos questions au final, il reste très convaincant !