Détox

Détox

Mathias est un homme qui vit à 100 à l’heure. Directeur général d’une société en pleine expansion, il ne compte pas ses heures. Son médecin et sa femme ont beau lui dire de mettre la pédale douce, Mathias ne l’entend pas de cette oreille. Avec ses deux téléphones en poche et ses nombreux rendez-vous, il voit à peine la lumière du jour. S’il semble pourtant être un mari comblé, père de deux enfants, Mathias a pourtant une liaison avec son assistante, Victoria. Et puis un jour, tout dérape. La jeune femme décède d’un AVC. Après l’enterrement, Mathias prend la voiture, traverse la France pour s’inscrire à un stage de détox.

« Détox » a été écrit et illustré par Antonin Gallo et Jim. Ce dernier est connu pour avoir notamment écrit et illustré « Un petit livre oublié sur un banc » ou encore « Une nuit à Rome ». Cette nouvelle bande dessinée, qui est en fait un premier volume, est en plein dans l’actualité, puisqu’elle traite de notre société ultra connectée. On y retrouve bien entendu notre addiction au portable, mais aussi le surmenage et le burn-out au travail. Pour en parler, Jim a créé un personnage principal à la fois bourru et attachant. Mathias est un grand patron, surmené, et qui, pour ne rien arranger à sa santé, fume comme un pompier et est à deux doigts d’un arrêt cardiaque. Cette BD m’a beaucoup fait penser à une série qui s’intitule « Le jour où le bus est reparti sans elle » de Beka, Cosson et Marko, où là aussi, l’héroïne met les voiles pour réaliser un stage de développement personnel.

Toute la bande dessinée se situe dans des tons gris-orangés et donne une véritable touche artistique à l’album. Alors faites comme Mathias : durant votre lecture, éteignez votre téléphone portable et profitez de l’instant. Apprenez à vous déconnecter du quotidien, ne serait-ce que quand vous rentrez chez vous le soir. Prenez du temps pour vous et vos proches. Oubliez les écrans.

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Dans les yeux de Lya

jeune femme

Dans les yeux de Lya

Alors qu’elle s’apprête à fêter ses 17 ans, Lya se fait renverser par un chauffard qui prend la fuite, la laissant pour morte. Elle survivra mais devra rester toute sa vie en fauteuil roulant. Bien déterminée à trouver celui qui lui a fait ça, Lya décroche quatre ans plus tard un stage dans le prestigieux cabinet d’avocats Maître Martin de Villegan. Une adresse qui n’a pas été choisie au hasard, puisque Lya a découvert que c’est ce même cabinet qui, des années auparavant a « réglé son cas ». Ses parents ont en effet été achetés pour éviter toute poursuite juridique.

Scénarisée et illustrée par Carbone et Justine Cunha, « Dans les yeux de Lya » est un premier tome. Celui-ci s’intitule « En quête de vérité ». C’est la couverture tout d’abord qui m’a interpellée, puis les dessins sublimes, et enfin, le résumé. L’histoire, assez tragique, est racontée avec beaucoup d’optimisme. Malgré son accident, Lya est une jeune femme débordante d’enthousiasme, bien entourée et investie dans les tâches qu’elle entreprend.

Comme il s’agit d’un premier tome et d’un récit à suspense, le lecteur reste forcément sur sa faim à la fin de l’album. L’histoire est tout bonnement passionnante et on a hâte de connaître la vérité !

Les jours qui restent

fille recroquevillée sur son lit

Les jours qui restent

Daniel, Catherine et Charlotte sont les trois personnages principaux de cette bande dessinée chorale autour de la maladie. Le premier a la cinquantaine grisonnante et a appris à vivre avec sa maladie sanguine. Problème : il a la fâcheuse manie de boire pour noyer sa solitude. La seconde est plus jeune, introvertie et ne vit plus vraiment depuis le décès de sa mère. La troisième enfin, est étudiante en art. Mais à l’annonce de la maladie, c’est tout son monde qui s’écroule.

« Les jours qui restent » est une chronique sociale qui montre comment chacun vit la maladie, plus particulièrement lorsque cette dernière est taboue. Écrite et illustrée par Eric Derian et Magalie Foutrier (dont je kiffe le dessin) la BD est d’une certaine légèreté malgré la thématique qui est traitée. Impossible de ne pas s’attacher aux personnages qui rythment ces pages. Entre l’étudiante désarçonnée, la vieille fille touchante et le quinqua séduisant, les auteurs nous touchent et nous donnent une belle leçon de vie. Tous ont besoin d’avancer, tous ont besoin que leur maladie soit reconnue, tous ont besoin d’être soutenu. Le récit, plein d’espoir, souligne que l’amour seul guérit les maux ou tout du moins, parvient à les soulager.

La fille dans l’écran

2 filles qui s'embrassent

La fille dans l’écran

D’un côté, il y a Coline, 22 ans, Française, illustratrice et souffrant de troubles anxieux qui l’ont un peu isolée. De l’autre, il y a Marley, 28 ans, photographe et Québécoise d’adoption. Ces deux filles que tout oppose vont prendre contact par Internet. Coline est en effet tombée en admiration devant les photos de Marley et souhaite s’en servir de supports pour son nouveau projet. Après quelques échanges plutôt banals, les jeunes femmes vont apprendre à se connaître. La distance et le décalage horaire sont loin d’être des obstacles dans leur amitié naissante, et l’envie de faire connaissance « dans la vraie vie » va devenir obsessionnelle. Et puis un jour, la rencontre a lieu.

« La fille dans l’écran » est une bande dessinée qui a été réalisée à quatre mains par Manon Desveaux et Lou Lubie. D’une certaine épaisseur, elle pourrait rebuter à priori le lecteur, mais la lecture est tellement prenante qu’on ne voit pas les pages défiler sous nos yeux.

Avant l’histoire, c’est le concept de la BD lui-même qui est intéressant : on a deux auteures, deux univers pour deux personnages principaux ; chacun a donc ses planches et son personnage à réaliser et une chose est sûre : l’une complète très bien le travail de l’autre. Le récit quant à lui, qui est d’abord axé sur une relation épistolaire 2.0 est très réussi. Coline et Marley ne sont pas épanouies dans leurs quotidiens respectifs. Si Coline rêve de devenir une illustratrice connue, elle n’en est pour l’instant qu’à ses premiers dessins, et cohabite avec ses grands-parents, faute de moyens. Marley quant à elle, a beau être en couple, elle n’est pas heureuse. Leur rencontre va donner à l’une comme à l’autre du baume au cœur et bien plus encore.

J’ai adoré cette bande dessinée pleine de bonnes intentions, remplie de sentiments, d’espoir. Et même s’il n’y a pas vraiment de suspense quant au final de l’album, on apprécie grandement cette rencontre à l’heure du numérique. Une rencontre qui permet justement de s’interroger sur les relations 2.0, et qui porte par ailleurs une réflexion sur l’homosexualité et le coming-out.

Noire – La vie méconnue de Claudette Colvin

centre-ville

Noire – La vie méconnue de Claudette Colvin

1955, Alabama : Claudette Colvin a 15 ans, et malheureusement, comme toutes les personnes noires aux Etats-Unis à cette époque, elle subit de plein fouet la ségrégation raciale. Aussi, le 2 mars, lorsqu’elle refuse de céder sa place dans le bus à une passagère blanche, elle est aussitôt incarcérée dans une prison pour adultes. Mais Claudette ne compte pas se laisser faire ; elle se rapproche alors du National Association for the Advancement of Colored People, et plaide non coupable lors de son procès. Quelques mois plus tard, Rosa Parks refusera elle aussi de laisser son siège. C’est alors que démarrera un boycott des transports en commun par la population noire, durant 381 jours.

Emilie Plateau nous dévoile une part de l’Histoire avec « Noire – la vie méconnue de Claudette Colvin », car si bon nombre de personnes ont entendu parler de Rosa Parks, peu de gens connaissent Claudette Colvin. La bande dessinée est inspirée du roman éponyme de Tania de Montaigne et raconte donc l’histoire de cette adolescente noire qui a lutté pour ses droits. On y croise Rosa Parks, mais aussi Martin Luther King, alors âgé de 26 ans et officiant comme pasteur. Claudette fait désormais partie de ces personnes malheureusement oubliées qui ont pourtant combattu la ségrégation. La BD lui rend hommage, en racontant non seulement cet épisode historique, mais en relatant aussi le reste de sa vie : la pauvreté de sa famille et son destin de mère d’un enfant qu’elle a eu avec un homme blanc.

J’ai beaucoup aimé le dessin plutôt minimaliste d’Emilie Plateau qui, je vous rassure, rend justice au récit. C’est une bande dessinée très riche, puisqu’elle retrace le cheminement de la lutte contre la ségrégation raciale. Elle rappelle par ailleurs que de nombreuses vies ont été brisées pour que les personnes de couleur aient les mêmes droits que les autres.