Patient zéro : à l’origine du Coronavirus en France

25 février 2020, hôpital de la Salpêtrière, Paris : Dominique Varoteaux, 61 ans, décède d’une embolie pulmonaire massive due à un nouveau virus venu de Chine, le coronavirus. Au Ministère de la Santé, ce « cas » est la première victime française. Pourtant ni Dominique, ni ses proches ne revenaient d’une zone à risques. En quelques jours, l’Oise puis le Bas-Rhin deviennent des clusters. Les épidémiologistes et les services du Ministère tentent alors de remonter la piste du patient zéro.

J’avoue, je commence à saturer avec toutes les infos, les reportages et les livres qui sont consacrés au Covid-19 et pourtant, cette BD m’a interpellée. Nous voici plongés dans une enquête aussi fascinante que déconcertante. Comment trouver le patient zéro alors qu’on sait peu, voire pas grand-chose ? Comment être sûr que celui qu’on désigne comme le premier l’est véritablement ? Le virus est-il parmi nous depuis février ? Novembre ? Alors qu’en Chine, les victimes se comptent par milliers, en France les premiers cas sont dénombrés.

Basée sur une enquête journaliste minutieuse, « Patient zéro » a été écrit et illustré par Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin, Renaud St-Cricq et Nicoby. Les auteurs ont réalisé un véritable travail de fourmi pour documenter au mieux cet album, qui prend parfois des allures de polar. Le lecteur est alors embarqué dans les coulisses de la crise sanitaire. Il n’y est pas question de dézinguer le gouvernement, de mettre en avant tous les couacs, de faire honneur au personnel médical ou de répéter les gestes barrières à respecter, non ; il s’agit d’un reportage doté d’un langage accessible, qui évoque aussi bien les malades que les familles, les soignants, les élus ou les chercheurs. Parce que la Covid a secoué tout le monde et qu’elle est encore malheureusement bien présente parmi nous. Voilà un ouvrage qui pourrait donner bien du fil à retordre à tous les adeptes des théories du complot.

Iris, deux fois

Iris peut se targuer d’avoir plutôt bien réussi sa vie : elle est installée avec son mari dans un joli appartement en plein cœur du Quartier Latin de Paris, et connait le succès en tant que romancière avec trois livres déjà à son actif. D’ailleurs, il se pourrait bien que son dernier ouvrage remporte le très convoité Prix Renaudot. Pourtant, chaque nuit depuis quelque temps, Iris vit la vie d’une autre version d’elle-même ; une femme qui accumule les galères, les mauvais choix et qui semble totalement insatisfaite de sa vie de famille. Mais s’agit-il véritablement d’un cauchemar ou d’un dédoublement de la personnalité ?

« Iris, deux fois » est un roman graphique porté par Anne-Laure et Naomi Reboul, qui nous met l’esprit à l’envers avec cette histoire de double-vie.  Sommes-nous dans la réalité ? Dans un rêve ? Mais alors un rêve récurrent qui cacherait autre chose ? Une vie passée peut-être ? A force de réfléchir, le personnage commence à perdre pied, ce qui, je vous le rassure, n’est pas le cas du lecteur qui ne demande qu’à connaître la vérité. Ce drame psychologique nous invite par ailleurs à nous questionner sur nos choix et notre vie de manière plus générale. Difficile de ne pas être happée par le récit et même si ce dernier ne répond pas à toutes nos questions au final, il reste très convaincant !

Au grand magasin

Au grand magasin

Le “grand magasin”, c’est le supermarché par excellence, celui où l’on voit le monde entier défiler dans les allées pour faire des courses. Il y a ceux qui sont là parce qu’ils n’ont pas le choix, d’autres parce qu’ils aiment faire ça. Il y a le petit jeune à la caisse qui veut gagner sa vie ; le petit vieux avec son caddie qui vient pour meubler sa journée. On se balade au gré des rayonnages, on fait des rencontres, on y rit, on y râle.

Marco Paulo et Bultreys dépeignent avec minutie le quotidien d’un grand magasin. On y reconnaîtra le lourdingue qui essaie de draguer la caissière en faisant des jeux de mots débiles ; les clients pendus au téléphone et tellement impolis à la caisse ; ceux qui possèdent des bons de réduction plein le portefeuille ; celui qui, arrivé à la caisse, se rend compte qu’il a oublié un article ; les fruits qui viennent d’Espagne, le type qui tâte tous les melons possibles en rayon ; l’adolescent qui se voit rougir lorsque le caissier demande au micro le prix des capotes… Sans compter la p’tite vieille sur le parking qui arrache les rétroviseurs avec sa charrette. Bref, il y a de quoi écrire un livre, ah non pardon, une bande dessinée. Ça tombe bien, ça s’appelle “Au grand magasin” !

Le jardin

Le jardin

Années 1920, Paris. « Le jardin » est un cabaret dirigé par une femme, dont le succès ne cesse de croître. L’ambiance y est familiale et toutes les danseuses portent un nom de fleur. C’est le cas de Rose, un garçon de 19 ans, qui a grandi au sein de l’établissement, et qui souhaite à son tour se produire sur scène. Contre toute attente, son show sera l’attraction principale et son rêve deviendra réalité.

« Le jardin » c’est d’abord une bande dessinée aux illustrations sublimes. La couverture rouge avec les couleurs légèrement en relief ne peut qu’être remarquée en librairie. Imaginée par Gaëlle Geniller, la bande dessinée relate la vie d’un cabaret pas comme les autres, où un jeune garçon est aussi à l’aise en pantalon qu’en collant. Parmi les nombreux spectateurs qui viennent l’applaudir chaque soir, figure un homme complètement charmé par Rose. Outre un décor splendide, le lecteur découvrira une histoire pleine de poésie et de bienveillance. L’illustratrice nous embarque en plein cœur des années folles, dans un univers qui pourrait être sulfureux, mais qui s’avère doux et innocent. Elle en profite pour évoquer la mode garçonne de l’époque, les arts décoratifs mais aussi le regard des autres. En somme, une bande dessinée inclassable mais remarquable.

Le manifeste des 343

Le manifeste des 343

C’est l’histoire d’un combat, celui du Mouvement de Libération des Femmes (MLF). Nous sommes en 1970. Alors que la pilule contraceptive a été légalisée en 1967, l’avortement, lui, reste illégal. Près de 800 000 femmes se font avorter chaque année clandestinement en France. Sur la table, elles risquent les infections mais pas seulement, la mort aussi. Journaliste au Nouvel Observateur, Nicole Muchnik veut éveiller les consciences et faire changer la loi. Auprès des militantes, mais aussi de Simone de Beauvoir, elle parvient à publier un manifeste, dans lequel 343 femmes (célèbres et inconnues) reconnaissent avoir eu recours à l’avortement par le passé. La publication de l’article est retentissante.

C’est lors d’un passage en librairie que je suis tombée sur cette BD à la couverture flashy, écrite et illustrée par Adeline Laffitte, Hélène Strag et Hervé Duphot. Alors que l’avortement vient d’être enfin légalisé en Argentine, en Pologne, la loi se durcit. Si en France, le combat a eu lieu il y a plus de 40 ans et s’est finalisé avec la loi Veil, dans certains pays encore, l’avortement demeure interdit.

La bande dessinée « La Manifeste des 343 » permet de découvrir les événements qui ont précédé la fameuse loi de 1975, ainsi que le Mouvement de Libération des Femmes. C’est très bien documenté, joliment illustré et même si l’on n’est pas féministe sur les bords, en tant que femme, on se sent forcément concernée !