J’avais 15 ans

J’avais 15 ans

Lodz, Pologne, août 1944 : Elie Buzyn est un adolescent heureux jusqu’à ce que sa famille et lui soient confinés dans le ghetto. Après avoir assisté à l’assassinat de son frère, le jeune homme est embarqué, à 15 ans, avec les siens à Auschwitz. Ses parents seront rapidement exterminés. Figurant parmi les rares survivants de la marche de la mort jusqu’à Buchenwald, Elie Buzyn s’est tu un bon nombre d’années avant de prendre la parole et de témoigner autour de lui.

Elie Buzyn fait partie de ces hommes qui ont eu une vie hors-normes. Après avoir échappé au pire et multiplié les voyages en Algérie et en Palestine, il est devenu chirurgien-orthopédiste. Elie n’a pas voulu tout de suite témoigner de l’horreur des camps nazis. Il est finalement parvenu à surmonter ses séquelles, notamment grâce à ses proches, et à son premier fils qui, en 1993, a voulu visiter le camp d’Auschwitz. Depuis, Elie Buzyn y intervient régulièrement pour raconter toute la misère de cette époque. Il est aussi à l’origine de deux livres. Le premier, présenté ici et qui s’intitule « J’avais 15 ans – Vivre, survivre et revivre » et s’apparente à un roman. Il y décrit son adolescence, les chambres à gaz, les mauvais traitements, les maladies, l’absence d’hygiène, bref toute la barbarie nazie. Le second, « Ce que je voudrais transmettre aux jeunes générations » est un entretien sur des sujets d’actualité. Privé de sa jeunesse, l’écrivain est aujourd’hui un témoin important de la Shoah. Merci aux éditions Alisio d’avoir publié son histoire et de me l’avoir fait découvrir.

Une place au paradis

Une place au paradis

Avec leur petite fille de 5 ans, Lilou, Mélanie et Romain ont déménagé dans une toute autre région. Lui est commercial dans une concession automobile, elle était secrétaire de direction avant de devenir mère au foyer. La vie de couple serait idéal si Romain n’était pas un mari violent. Pourtant, tout avait si bien commencé entre eux. Mais au fur et à mesure des années, les scènes de jalousie, les violences verbales puis physiques se sont multiplié.

« Une place au paradis » est malheureusement une BD hautement d’actualité. Chaque année, plus de 200 000 femmes sont victimes de violences physiques/sexuelles de la part de leur ex ou de leur partenaire. L’ouvrage de Thomas Mosdi et Pierre Lorenzi est une terrible histoire au graphisme pourtant très agréable.

Le lecteur est face à une petite fille qui a du mal à s’intégrer à l’école, à une femme qui ne veut pas voir la réalité en face et à un homme manipulateur, violent, malade. Un cercle vicieux s’installe. Heureusement, des personnes extérieures vont venir en aide à cette famille.

Sensible, tragique, la bande dessinée m’a beaucoup touchée. Si l’on ne peut pas comprendre l’enfer que Mélanie vit au quotidien et le fait qu’elle n’arrive pas à se sortir de cette situation, on ne peut qu’être sensibilisé au sujet. A noter que si l’on parle beaucoup d’homicides, il faut aussi savoir que le féminicide existe aussi et qu’on en a dénombré une centaine depuis le 1er janvier.

Les petites reines

Les petites reines

Derrière « Les petites reines » se cachent Mireille Laplanche, Hakima et Astrid, trois adolescentes qui n’ont pas été gâtées par la nature. La preuve, certains camarades de classe ont organisé le concours des « Boudins de l’année ». Pour une fois, Mireille ne figure pas à la première place mais qu’importe ! Les trois élues deviennent amies et découvrent qu’elles ont chacune une bonne raison de se rendre prochainement à Paris pour la garden-party de l’Elysée. Mais lorsqu’on habite Bourg-en-Bresse, qu’on est au lycée et sans le sou, le meilleur moyen reste… Le vélo ! Durant leur périple, elles seront accompagnées par Kader, le frère d’Hakima, vétéran de guerre. Et pour rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui les ont pointées du doigt, les trois boudins ont eu une idée : vendre du boudin tout au long de la route !

Après « Songe à la douceur », me voilà plongée dans le roman qui a révélé Clémentine Beauvais. A la lecture des premières, j’étais assez dubitative sur le ton et l’intrigue mais une fois dedans, je me suis beaucoup amusée ! Les trois adolescentes qui sont dépeintes s’avèrent fortes et courageuses, au point de tourner en dérision ce pourquoi elles sont montrées du doigt. Leur voyage vers la capitale leur fera rencontrer de nombreuses personnes qui les feront grandir et réfléchir.

Si l’histoire est plutôt improbable (non, même totalement), elle ne gâche en rien cette lecture hautement humoristique. Elle pourra par ailleurs être une belle leçon pour les adolescents qui la liront et qui sont victimes d’harcèlement scolaire en tous genres. Merci aux éditions J’ai Lu de m’avoir fait découvrir une pépite dans le domaine des romans ado.

Touchées

Touchées

« Touchées », c’est l’histoire de trois femmes victimes de violences sexuelles. Lucie s’est séparée de son conjoint et vit avec son fils. Malgré la rupture, la jeune femme ne peut s’empêcher de dormir avec un couteau à la main. De son côté, Nicole s’est isolée depuis plusieurs années et ne parvient plus à se mêler aux autres. Quant à Tamara, elle vit dans l’excès depuis que son frère a abusé d’elle lorsqu’elle était enfant. Toutes les trois se rencontrent lors d’un atelier d’escrime thérapeutique. Un programme dont l’objectif est de reprendre la maîtrise de sa vie.

Ecrite et illustrée par Quentin Zutton, la bande dessinée évoque un sujet très actuel. Depuis le début de l’année, plus d’une centaine de femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon. C’est en maniant leur sabre que nos trois héroïnes vont non seulement apprendre à se défendre, mais aussi à extérioriser leurs souffrances. Car ici, tout le monde est au même niveau, et derrière le masque, toutes sont anonymes. A travers un dessin traditionnel, mais aussi une pointe d’aquarelle, l’auteur met en lumière les victimes, en démontrant que parfois, il suffit d’une activité ou de bonnes personnes pour remonter la pente.

La première fois c’était quand même plus marrant

La première fois c’était quand même plus marrant

Cela fait trois ans que Daisy est en rémission. Alors qu’elle commence à faire des projets sur le long terme avec Jack, son mari, elle apprend qu’elle est atteinte d’un nouveau cancer… en phase terminale. Si la mort reste une perspective effrayante, celle de laisser l’amour de sa vie l’est encore davantage. Daisy se met donc en quête de trouver la femme idéale pour Jack, quitte à oublier le peu de temps qu’il lui reste en sa compagnie.

Il m’a fallu quelques pages tout de même pour me rendre compte que « La première fois c’était quand même plus marrant » n’était pas du tout une suite à « La première fois qu’on m’a embrassée je suis morte ». Cela m’a rassurée sur d’éventuels problèmes de mémoire. Colleen Oakley, l’auteure, fait en réalité un clin d’œil à son premier ouvrage, en indiquant au lecteur que le sujet qui sera traité ici sera beaucoup plus lourd. Et en effet, quoi de plus tragique que la fin d’une vie, que d’apprendre qu’il ne nous reste plus que quelques mois, que les rêves que l’on voulait réaliser vont devoir être abandonnés. Malgré la tristesse, la colère, le désespoir, Colleen Oakley a inséré dans son roman quelques touches d’humour. Authentique, salvateur, le livre nous interroge sur notre rapport à la vie et à la mort. On n’est pas loin de verser sa petite larme.