La nuit est mon royaume

La nuit est mon royaume

Nawel a 20 ans et vit dans un quartier sensible. Avec Alice, sa meilleure amie, elle a créé un groupe de rock. Les études supérieures les mènent à Paris et en parallèle, les deux jeunes femmes cherchent à se faire connaître. Lors d’un festival dédié aux jeunes talents, Nawel fait la connaissance d’Isak Olsen, un prodige dont elle tombe amoureuse. Avec le temps, la musicienne délaisse ses études et son job alimentaire pour se consacrer pleinement à sa passion. Mais la réalisation d’un premier album et les sacrifices ont un prix.

C’est une bande dessinée sur l’adolescence et les rêves que nous propose Claire Fauvel. On y fait la connaissance de deux adolescents au milieu de vie assez similaire, qui vont devoir pourtant se heurter au décalage culturel et social. Dans une ambiance totalement rock, l’auteure-illustratrice évoque plusieurs thèmes chers à cette tranche d’âge : la différence, le racisme, le harcèlement scolaire, les études, ou encore la jalousie. Entre espoir et désillusions, Claire Fauvel livre une BD plutôt intimiste sur l’histoire d’une génération pleine d’énergie.

L’œil du STO

L’œil du STO

1943, Paris. Justin a 22 ans. Il est amoureux de Renée et souhaiterait l’épouser. Mais la Seconde Guerre mondiale va se mettre en travers de ses plans. Le Reich doit en effet remplacer ses travailleurs mobilisés sur le front en réquisitionnant des étrangers. C’est ainsi que petit à petit le Service de Travail Obligatoire (STO) se met en place. Le gouvernement de Vichy va donc forcer des milliers d’hommes, âgés entre 20 et 22 ans, à partir en Allemagne. C’est le cas de Justin. Bien des années plus tard, ce dernier s’en veut encore d’avoir obéi aux ordres.

« L’œil du STO » est la toute première bande dessinée consacrée à ce sujet. Et pourtant, nombreuses sont les familles à avoir été concernées par cette mesure, et rares sont les commémorations autour de ce drame. A l’époque, le deal est le suivant : pour trois ouvriers volontaires envoyés en Allemagne, un prisonnier paysan est libéré. Dans un premier temps, 250 000 personnes partent de force. Au total, 8 millions d’Européens seront transférés et l’on estimera le nombre de morts entre 25 000 et 35 000. Un chiffre élevé dû aux multiples bombardements, mais aussi aux maladies mal soignées.

Nadar et Julien Frey mettent en lumière ce triste pan de l’histoire à travers une BD très bien documentée. Dans celle-ci, le héros, Justin, est victime du STO. Il est alors embauché comme ouvrier dans une usine de locomotives, où les conditions de vie sont très rudes. Peu ou presque pas d’hygiène, hébergement spartiate, encadrement brutal, pas de quoi être motivé. Alors un jour, le jeune homme décide de s’évader pour retrouver sa promise à Paris. Il vivra dans la clandestinité jusqu’à la fin de la guerre. Au moment de prendre sa retraite, il refusera d’ailleurs la pension qui lui revient pour cette période.

Voilà une bien belle BD, toute en noir et blanc, avec la juste dose d’émotions et qui, contrairement à d’autres fictions, possède une valeur pédagogique.

Amoureux

Amoureux

« Amoureux », c’est un album poétique sur l’état amoureux dans toutes ses formes. Écrit et illustré par Hélène Delforge et Quentin Gréban, il évoque des situations du quotidien, comme dans les transports en commun, l’étape de la séduction, les souvenirs d’un vieux couple, l’âme sœur, l’amour pour soi, pour un enfant, ou encore le fait de concevoir un bébé. Il parle aussi de l’amour plus dur, comme celui de la séparation, puis des retrouvailles dues à la guerre, des disputes, des paroles écrites parfois incomprises et des scientifiques qui veulent nous persuader que l’amour ne dure que trois ans.  On y déniche aussi quelques belles citations, et surtout, de magnifiques illustrations !

Ce livre plaira aux romantiques, aux amateurs de poésies, aux amoureux des mots. Aux adolescents peut-être, aux adultes surtout. Je vous livre ci-dessous le texte que j’ai le plus aimé, histoire de vous mettre l’eau à la bouche :
« Dans les comédies romantiques,
les amoureux vivent des instants ordinaires mais magiques.
Quand ils vont à la patinoire,
il y en a un qui dérape et se raccroche à l’autre,
et c’est leur premier contact, puis tout un symbole :
ils vont se soutenir, ils seront plus forts ensemble.
Dans les comédies romantiques,
les amoureux se mettent de la peinture sur le nez
pour rire quand ils aménagent leur première maison.
Il sort un écrin de sa poche.
elle bredouille « Oui ».
The end.
Lumière dans la salle,
on essuie ses yeux humides,
on enfile son manteau.
Dehors, la pluie est moins froide
parce qu’on a une belle histoire dans la tête.
Notre comédie romantique a continué après le « Oui ».
Pendant 43 ans.
On a appris à patiner.
on glissait main dans la main,
ensemble dans la même direction.
c’est pas mal non plus, comme symbole.
Surtout qu’on est beaucoup tombés.
Et qu’on s’est toujours rattrapés.
Pendant 43 ans.
La peinture s’est écaillée.
On a ressorti les pinceaux.
Nos nez en ont vu de toutes les couleurs.
43 ans de « Oui »,
ordinaires et margiques.
The end. Hier.
La lumière s’est éteinte.
Je n’ai pas envie d’essuyer mes yeux.
Tu n’es pas là pour m’aider
à enfiler mon manteau.
La pluie est glacée,
tu ne tiens plus le parapluie. »

Rendez-vous au café du bonheur

Rendez-vous au café du bonheur

Evie Flynn se considère comme le mouton noir de la famille. Contrairement à ses sœurs aînées qui ont suivi une voie plutôt ordinaire, Evie s’est tour à tour rêvée photographe, puis actrice mais sans grand succès. Aujourd’hui, elle est en couple depuis plusieurs années mais la relation n’est pas tous les jours au beau fixe. Elle travaille en intérim, profitant des quelques semaines qu’il lui reste avant d’enchaîner sur une formation pour devenir professeur. Est-ce sa destinée ? Pas sûre. D’autant plus qu’elle vient d’apprendre le décès de sa tante Jo, dans un accident de voiture, et que cette dernière lui lègue son café sur le port de Carrawen Bay. Evie va-t-elle tout plaquer pour déménager dans les Cornouailles ? Peut-être bien…

Un grand merci tout d’abord aux éditions Charleston qui m’ont offert le roman de Lucy Diamond, « Rendez-vous au café du bonheur ». J’ai senti dès le départ que ce feel good book était dans la lignée d’autres plus connus, à l’instar de « La petite boulangerie du bout du monde » de Jenny Colgan, et je ne me suis pas trompée. J’avais peur de me retrouver face à un récit déjà vu, et bien qu’il y ait effectivement quelques similitudes et qu’on sait déjà comment tout ça va se finir, on se prend au jeu, on se délecte et on rêve de boire un café dans ce petit port des Cornouailles. Les personnages sont attachants, drôles. Chacun a son petit caractère, sa marque de fabrique.

Lucy Diamond nous offre un voyage dans un endroit où l’on aimerait poser nos valises pour quelques jours. La lecture est fluide et l’on peut compter sur quelques petits rebondissements pour ne pas tomber dans le réchauffé de ce que la feel good littérature comporte déjà. Je conseille ce roman à tous ceux qui ont envie de changer d’air sans avoir à bouger de chez eux, à ceux qui aiment manger et qui sait, peut-être qu’un jour nous nous retrouverons autour de scones dans un café au bord de la mer…

La maison aux souvenirs

La maison aux souvenirs

La tension est palpable dans le couple d’Eléonore. Aussi, elle décide de prendre l’air en retournant quelques jours dans l’ancienne maison familiale, perdue en pleine campagne, en compagnie de son fils, Théo. Sur place, elle retrouve son frère, qui lui apprend que leur père qu’ils croyaient mort est toujours vivant. Ne voulant y croire, persuadée d’avoir été abandonnée par celui qu’elle aimait, Eléonore fait face aux souvenirs et aux lourds secrets qui pèsent sur sa famille.

Nicolas Delestret nous plonge dans une famille qui semble bien complexe avec « La maison aux souvenirs ». Une mère décédée, une voisine distante, un adolescent rêveur, un père qui a tout quitté du jour au lendemain, les secrets sont nombreux autour d’Eléonore. Et celui qui a la réponse à tout ça pourrait être bien plus proche d’elle qu’il ne le semble. Théo, son fils, n’est pas autiste ou distrait, il a un don, celui de revivre les souvenirs des autres.

La bande dessinée mêle le présent au passé pour nous dévoiler une histoire intime qui peut plaire aussi bien aux adultes qu’aux adolescents. Quête identitaire et liens familiaux en sont les principaux sujets. Le One-shot pourrait aisément se transformer en une série de plusieurs tomes, la fin du récit laissant quelques éléments en suspens. Un huit clos, à mi-chemin entre la comédie et la tragédie qui ravira les amateurs de happy end.