La maison

La maison

« La maison » d’Emma Becker fut l’un des livres chocs de la dernière rentrée littéraire. Pourquoi ? Parce que l’auteure, pour l’écrire, s’est prostituée durant deux ans à Berlin, dans deux maisons closes. Si le premier endroit était plutôt sordide, le second était nettement plus bienveillant envers les femmes qui y travaillaient.

C’est en arrivant dans la capitale allemande en 2013, en passant devant un bordel et en se rendant compte que c’est tout à fait légal, que l’écrivaine a une illumination. Curieuse dès le départ, Emma Becker franchit le pas. Une démarche littéraire qui peut laisser bouchée bée mais qui, pour la jeune femme, était une manière de joindre l’utile à l’agréable : l’envie de découvrir l’envers du décor, tout en étant payée pour. Et elle assume.

Ainsi, on suit l’auteure dans son travail de tous les jours. On y découvre les femmes qui font partie de la maison, les diverses chambres, la Hausdame qui gère l’établissement, les clients, ce qu’il s’y passe…et la relation qu’elle a avec ses derniers. Il y a parfois des épisodes de violence ou d’humiliation. Certes, le « rythme de travail » est sans doute plus soutenu qu’ailleurs, mais Emma Becker avoue qu’il lui est arrivé de prendre du plaisir. Alors oui, on ne va pas se mentir, il y a beaucoup de sexe, mais en même temps, quoi de plus normal dans une maison remplie de prostituées ?!

Afin de mieux comprendre ce qui lui est passé par la tête, j’ai, après ma lecture, écouté plusieurs interviews où elle fait part de notre méconnaissance extrême du métier. Car, dans cet ouvrage, Emma Becker parle des femmes qui exercent cette profession parce qu’elles l’ont voulu, et non par contrainte.  Elle dresse ainsi une galerie de portraits et montre comment cela se passe réellement ailleurs. Objectif ? Repenser entre autres le débat sur la prostitution et sur sa légalisation.

Concernant ma propre lecture, j’ai trouvé le récit choquant, parfois étonnant, mais bizarrement intéressant à lire. Je comprends toutes les critiques que l’ouvrage a pu soulever, les bonnes comme les mauvaises, mais je pense qu’il mérite d’être lu, ne serait-ce que pour essayer de comprendre ce qui nous échappe et ce, même si on est totalement en désaccord.

Shooting Star

Shooting Star

Août 1932, Hollywood : Sur Sunset Boulevard, Norma Jeane vit une enfance loin d’être dorée. Sur le grand écran du Chinese Theater, celle que l’on appellera par la suite Marylin Monroe, regarde sa vie défiler. Dès le début, la petite fille qu’elle était voulait être remarquée. Mais on ne peut pas dire qu’elle puisse compter sur sa famille pour mener une vie sereine. Un père dont on ne connait pas l’identité, une mère folle, des placements en orphelinat puis en famille d’accueil,  Marylin connait de nombreux déboires. A l’adolescence, la jeune fille séduit déjà les garçons de par son physique et aime en jouer. Elle se marie tôt, à l’âge de 16 ans, avec Jim Dougherty. Elle abandonne ses études et se met à travailler à l’ignifugation des ailes d’avions et l’inspection des parachutes dans l’usine de son mari. Elle y sera repérée par des photographes militaires qui verront en elle la mannequin de demain.

« Shooting Star » c’est un roman de Fabrice Colin que j’ai repéré sur le stand des éditions Albin Michel, au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil.  Pour être honnête, je ne suis pas spécialement fan de Marylin Monroe, je n’ai même vu aucun film à ce jour mais je dois dire que ce biopic m’intriguait. Car, contre toute attente, l’actrice n’est pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche, bien au contraire. Elle a vécu énormément de choses au cours de son enfance, qui auraient très bien pu lui donner envie de sombrer. Mais Marylin a su garder la tête haute et ses rêves en vue. Fabrice Colin m’a emportée dans ce récit et je ne serai pas contre qu’il poursuive le biopic. Un ouvrage enrichissant pour sa culture personnelle et qui mérite largement d’être connu pour nous dévoiler la face cachée de l’un des visages les plus marquants du XXe siècle.

Peurs bleues

Peurs bleues

Avez-vous des phobies ? Des peurs au quotidien ? Mathou, l’illustratrice, en a un paquet. A travers « Peurs bleues », elle nous livre ses peurs les plus secrètes, les petites comme les grandes, les réelles comme les plus délirantes. Objectif ? Apprendre à rire de ses angoisses et de cette maladie des gens qui paniquent.

Mathou a organisé son ouvrage en douze chapitres :

  • « Je vois des monstres partout » : Alors on croit que les monstres sous le lit, ça existe juste quand on est petit, mais il arrive qu’une fois grand, on ne soit pas serein seul(e) dans sa maison ;
  • « J’ai peur d’être enfermée » : Pas forcément besoin d’être claustrophobe pour ne pas aimer les ascenseurs par exemple ;
  • « J’ai peur des avions » : Et elle n’est pas la seule. Certains sont d’ailleurs prêts à se mettre une mine pour se détendre ;
  • « J’ai peur de la voiture » : Car, oui, les accidents les plus fréquents ont lieu en voiture ;
  • « J’ai peur de mourir » : Une peur qui concerne beaucoup de gens car, contrairement aux chats, nous n’avons qu’une vie ;
  • « J’ai peur de dire non » : Il faut se forcer, parfois prendre sur soi pour arriver à dire ces trois petites lettres. Ça s’apprend et Mathou nous donne des conseils ;
  • « J’ai peur des miroirs » : Mathou ne supporte pas de se voir dans un miroir et évite à tout prix de les regarder ;
  • « J’ai peur que ma fille me quitte » : Comme de nombreux parents, l’idée que les enfants quittent un jour le nid a beau sembler normale, elle reste terrifiante ;
  • « J’ai peur de la surchauffe » : Difficile d’évacuer parfois ses pensées, de ne pas lister toutes les choses à faire et de s’accorder du temps pour soi. Si certains font facilement un burn-out, Mathou essaie de son côté de faire la part des choses.
  • « J’ai peur du regard des autres » : Lorsqu’elle est invitée quelque part, Mathou a du mal à faire avec le regard des autres et évidemment, elle ne peut pas s’empêcher de se comparer à autrui, chose à ne surtout pas faire ;
  • « Je suis une imposteuse » : Alors qu’elle possède une belle carrière d’illustratrice et qu’elle a déjà plusieurs livres à son actif, Mathou se sent parfois comme une imposteuse dans le monde de l’édition. Heureusement, ses fans sont là pour lui rappeler que ce qu’elle fait, c’est tout simplement génial ! ;
  • « J’ai peur de déranger » : C’est la dernière peur de Mathou et elle n’est pas la seule dans ce cas. On a parfois du mal à s’affirmer, à prendre les devants et à intervenir. Il faut parfois oser.

En somme, « Peurs bleues » regroupe des peurs qui peuvent tous nous concerner. Les mettre en lumière peut parfois démontrer à quel point certaines n’ont pas lieu d’être. Pour d’autres, il est possible d’apprendre à les maîtriser. Cela demande de l’exercice, de la confiance en soi et parfois d’être tout simplement aidé. Un ouvrage très agréable à lire avec des couleurs qui collent parfaitement avec la frousse qui peut se glisser en nous.

Johnny a tué mon père

Johnny a tué mon père

5 décembre 2017 : La France est en deuil, Johnny Hallyday vient de décéder. Au fin fond de l’Aquitaine, quelques heures plus tard, un proviseur de lycée du nom de Bernard Langlois, rend également l’âme. Alors que le premier fait la Une des médias, le second meurt dans l’indifférence la plus totale. Louise, sa fille, est dévastée, et ne supporte pas tout ce tapage médiatique autour du chanteur. Coincée dans les préparatifs de l’enterrement aux côtés de sa mère, Louise se replonge dans le passé pour mieux se délivrer.

« Johnny a tué mon père » aurait dû être publié par une grande maison d’édition. Mais quelques clauses dans le contrat apparemment non discutables ont fait que l’auteure a finalement été remerciée. Elsa Levy a alors profité du confinement pour auto-publier son livre, le promouvoir, et c’est une pépite qui mérite vraiment de voir le jour en librairie!  L’histoire est vraiment originale. L’écrivaine y évoque le deuil, compare la mort du père du personnage principal à celle de Johnny. D’abord dégoûtée par le rocker, Louise se met à l’apprécier, à suivre tous les reportages qui lui rendent hommage, jusqu’à se dépêcher pour assister à la télévision à son enterrement. Une nouvelle passion qui la déconnecte de la réalité, celle à laquelle elle doit faire face : elle n’a plus de père. Elle n’a plus besoin de lui plaire, d’être l’élève modèle qu’elle essayait d’être constamment. Contre toute attente, sa mort sonne comme une liberté et lui donne envie d’écrire son nouveau roman.

Dans ce récit, il y a du chagrin, mais aussi de l’humour. On se souvient que la mort de Johnny a en effet monopolisé tous les médias, au grand dam de celle de Jean d’Ormesson. Un peu comme la pauvre Farah Fawcett, décédée il y a quelques années, au même moment que… Michael Jackson. Et ce n’est pas normal. Or, c’est comme ça que cela fonctionne aujourd’hui et c’est souvent aux enterrements qu’on se rend compte si la personne était connue ou pas, appréciée ou non. C’est également à cet instant que l’on constate que nous sommes tous égaux face à la mort. Avec un ton décalé et un peu d’humour, Elsa Levy traite ce sujet plombant avec beaucoup de justesse et sans jamais tomber dans le pathos.

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité

« Tout nu ! » est un dictionnaire bienveillant sur la sexualité, destiné aux 13 ans et plus, qui traite de la sexualité, certes, mais aussi de l’identité, de l’image de soi et des relations amoureuses écrit par Myriam Daguzan Bernier et illustré par Cécile Gariépy, le documentaire n’est pas sans rappeler les fameux Dicos des filles qui sortent chaque année, sauf que celui-ci est dédié à tous.

Des sujets graves aux plus sérieux, le lecteur y retrouvera de nombreuses explications classées par ordre alphabétique. Si la sexualité y est largement majoritaire, ce livre met aussi en avant les pratiques et les questions sociétales qui intéressent les adolescent(e)s. Stéréotype, racisme, homosexualité, coupe menstruelle ou encore violence sexuelle, aucun sujet n’est tabou et chacun d’entre eux est évoqué avec condescendance. On y trouve d’abord une définition, complétée d’exemples et parfois d’anecdotes, ainsi qu’une explication plus approfondie. C’est une lecture vraiment instructive, même pour les adultes. J’ai pris connaissance de nouveaux mots, comme par exemple « Gris sexuel » (terme employé pour désigner une personne qui se situe entre la sexualité et l’asexualité) ou encore « Alexithymie » (trouble se manifestant par la difficulté à trouver les mots pour exprimer ses émotions ».

Un dictionnaire inclusif et indispensable pour entamer une conversation, dédramatiser et rassurer les adolescents en passe de devenir des adultes, ou tout être se posant des questions sur la sexualité, peu importe son âge.