La fille dans l’écran

2 filles qui s'embrassent

La fille dans l’écran

D’un côté, il y a Coline, 22 ans, Française, illustratrice et souffrant de troubles anxieux qui l’ont un peu isolée. De l’autre, il y a Marley, 28 ans, photographe et Québécoise d’adoption. Ces deux filles que tout oppose vont prendre contact par Internet. Coline est en effet tombée en admiration devant les photos de Marley et souhaite s’en servir de supports pour son nouveau projet. Après quelques échanges plutôt banals, les jeunes femmes vont apprendre à se connaître. La distance et le décalage horaire sont loin d’être des obstacles dans leur amitié naissante, et l’envie de faire connaissance « dans la vraie vie » va devenir obsessionnelle. Et puis un jour, la rencontre a lieu.

« La fille dans l’écran » est une bande dessinée qui a été réalisée à quatre mains par Manon Desveaux et Lou Lubie. D’une certaine épaisseur, elle pourrait rebuter à priori le lecteur, mais la lecture est tellement prenante qu’on ne voit pas les pages défiler sous nos yeux.

Avant l’histoire, c’est le concept de la BD lui-même qui est intéressant : on a deux auteures, deux univers pour deux personnages principaux ; chacun a donc ses planches et son personnage à réaliser et une chose est sûre : l’une complète très bien le travail de l’autre. Le récit quant à lui, qui est d’abord axé sur une relation épistolaire 2.0 est très réussi. Coline et Marley ne sont pas épanouies dans leurs quotidiens respectifs. Si Coline rêve de devenir une illustratrice connue, elle n’en est pour l’instant qu’à ses premiers dessins, et cohabite avec ses grands-parents, faute de moyens. Marley quant à elle, a beau être en couple, elle n’est pas heureuse. Leur rencontre va donner à l’une comme à l’autre du baume au cœur et bien plus encore.

J’ai adoré cette bande dessinée pleine de bonnes intentions, remplie de sentiments, d’espoir. Et même s’il n’y a pas vraiment de suspense quant au final de l’album, on apprécie grandement cette rencontre à l’heure du numérique. Une rencontre qui permet justement de s’interroger sur les relations 2.0, et qui porte par ailleurs une réflexion sur l’homosexualité et le coming-out.

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Noire – La vie méconnue de Claudette Colvin

centre-ville

Noire – La vie méconnue de Claudette Colvin

1955, Alabama : Claudette Colvin a 15 ans, et malheureusement, comme toutes les personnes noires aux Etats-Unis à cette époque, elle subit de plein fouet la ségrégation raciale. Aussi, le 2 mars, lorsqu’elle refuse de céder sa place dans le bus à une passagère blanche, elle est aussitôt incarcérée dans une prison pour adultes. Mais Claudette ne compte pas se laisser faire ; elle se rapproche alors du National Association for the Advancement of Colored People, et plaide non coupable lors de son procès. Quelques mois plus tard, Rosa Parks refusera elle aussi de laisser son siège. C’est alors que démarrera un boycott des transports en commun par la population noire, durant 381 jours.

Emilie Plateau nous dévoile une part de l’Histoire avec « Noire – la vie méconnue de Claudette Colvin », car si bon nombre de personnes ont entendu parler de Rosa Parks, peu de gens connaissent Claudette Colvin. La bande dessinée est inspirée du roman éponyme de Tania de Montaigne et raconte donc l’histoire de cette adolescente noire qui a lutté pour ses droits. On y croise Rosa Parks, mais aussi Martin Luther King, alors âgé de 26 ans et officiant comme pasteur. Claudette fait désormais partie de ces personnes malheureusement oubliées qui ont pourtant combattu la ségrégation. La BD lui rend hommage, en racontant non seulement cet épisode historique, mais en relatant aussi le reste de sa vie : la pauvreté de sa famille et son destin de mère d’un enfant qu’elle a eu avec un homme blanc.

J’ai beaucoup aimé le dessin plutôt minimaliste d’Emilie Plateau qui, je vous rassure, rend justice au récit. C’est une bande dessinée très riche, puisqu’elle retrace le cheminement de la lutte contre la ségrégation raciale. Elle rappelle par ailleurs que de nombreuses vies ont été brisées pour que les personnes de couleur aient les mêmes droits que les autres.

Les gens heureux lisent et boivent du café

femme sur la plage

Les gens heureux lisent et boivent du café

Diane a perdu son mari et sa petite fille dans un tragique accident de voiture. Depuis, elle ne sort plus, ne voit plus personne, et a même délégué à son meilleur ami la gestion de son café-librairie « Les gens heureux lisent et boivent du café ». Pour ne pas sombrer totalement, la jeune femme décide de plier bagage pour quelques mois, destination l’Irlande, un pays que son amoureux rêvait de visiter. Sur place, Diane opte pour un village tranquille. Mais dès son arrivée, les voisins lui tombent dessus, voyant en elle une nouvelle amie. Ce qui n’est pas au goût d’Edward, le propriétaire du cottage juste à côté.

Point de surprise pour moi en lisant l’adaptation du roman d’Agnès Martin-Lugand en bande dessinée par Véronique Grisseaux et Cécile Bidault, puisque j’ai lu l’ouvrage il y a quelques années. C’était déjà un régal à l’époque, et ce le fut une nouvelle fois en images !

A la relecture bullesque des « Gens heureux lisent et boivent du café », j’ai cependant trouvé que les premières conversations entre Edward et Diane étaient très superficielles ; elles me semblaient beaucoup plus profondes dans le roman. Pour le reste, rien à redire. Les illustrations montrent avec justesse le chagrin de la jeune femme et l’enthousiasme de ses nouveaux amis irlandais.

Je suis curieuse de voir s’il y aura un second volume, étant donné qu’Agnès Martin-Lugand avait écrit une suite, intitulée « La vie est facile, ne t’inquiète pas ».

Avez-vous lu les classiques de la littérature ?

pile à lire

Avez-vous lu les classiques de la littérature ?

« Au bonheur des dames », « Les liaisons dangereuses », « Le malade imaginaire », nous avons tous au moins lu un classique de la littérature lorsque nous étions à l’école. Une fois adulte, nous nous classons en deux catégories : ceux qui continuent à lire des classiques pour le plaisir ou la culture générale ; et ceux qui ont totalement abandonné. Heureusement, Soledad et Pascal Frey ont pensé à tout, en réalisant une bande dessinée intitulée « Avez-vous lu les classiques de la littérature ? ». Ce recueil contient vingt grands classiques résumés en quelques pages bullesques humoristiques et audacieuses. Au programme : Proust, Victor Hugo, Molière ou encore Flaubert. Une première page résume l’oeuvre et donne quelques indications sur l’auteur ; les suivantes résument en images le contenu du roman, souvent de manière désopilante.

La BD de Soledad Bravi et Pascal Frey pourra donner des idées de lecture à ceux qui ont envie de découvrir des classiques. Pour ma part, j’ai bien envie de lire « Chéri » de Colette du coup. Elle vous amusera aussi si vous avez lu certaines des œuvres décrites, tant le résumé est drôle et farfelu. Les textes m’ont un peu fait penser à la série « Bref. » de Kyan Khojandi. Et puis c’est indéniable : j’aime beaucoup les illustrations de Soledad !

Charlotte et moi

Charlotte et moi

Gus emménage avec sa maman dans un tout nouvel appartement. Mais celui-ci ne lui plait guère ; non seulement, il ne voit que très peu son père, mais en plus dans l’immeuble, il y a la voisine du dessous qui l’effraie, Charlotte. Cette femme, de forte corpulence, reste d’ailleurs enfermée chez elle les trois-quarts du temps, depuis le décès de sa grand-mère.

« Charlotte et moi » est une BD signée Olivier Clert, qui en est actuellement à son troisième volet. Le premier plante le décor : nouveau village, nouvel appartement et nouvelle vie pour Gus, qui a du mal à se remettre du divorce de ses parents. Et comme si cela ne suffisait pas, le voilà entouré de gens plus bizarres les uns que les autres : la voisine du dessous, mais aussi Pénélope, la cheffe du café-restaurant qui se situe au rez-de-chaussée, sans compter Renan, qu’il ne connait pas encore, mais qui est un criminel qui vient de s’échapper. Toute cette galerie de personnages est très attachante. Au fil de notre lecture, nous avons droit aux relations entre les différents protagonistes, aux commérages et à une ambiance typique d’un petit village où tout le monde s’épie du coin de l’œil. Mais ce n’est pas tout ! Gus qui trouvait sa vie ordinaire, va être confronté à une aventure du commun qui va le mener (au moins) jusqu’à Paris.

L’histoire est très touchante. On se prend d’affection dès le départ pour Gus qui rêvait d’une autre vie. Mention très spéciale également au dessin. Le graphisme, la rondeur du trait et la douceur des couleurs rendent l’album encore plus touchant et agréable à lire. J’ai tout simplement hâte de lire la suite de « Charlotte et moi » !